- Artiste depuis : Depuis mon jeune âge où je me réfugiais dans le dessin.
- Formation(s) : J’ai étudié à Saint-Luc Bruxelles dans la section Arts de l’image jusqu’à mes 18 ans. Ensuite, j’ai suivi 2 années d’études supérieures en Illustration, un cursus que je n’ai pas terminé mais qui m’a amené à écrire et illustrer quelques livres jeunesses. J’ai ensuite fréquenté l’Académie de Molenbeek en cours du soir. Cette Académie a été très importante pour moi, j’y ai fait des rencontres essentielles et les grands espaces disponibles à l’époque m’ont permis d’expérimenter mes premières performances, vidéos et installations.
- Un·e artiste c’est : Je pense que c’est une personne ressentant un décalage par rapport à certaines normes, un explorateur qui cherche d’autres chemins, “des chemins pour se perdre” comme disait Duras.
- Si vous ne vous étiez pas engagé dans l’art : Je me serais engagé dans l’art. Je ne vois pas d’alternative. Mais le mot “engagement” est lui aussi important : Engagé, agir, c’est se mettre en mouvement.
Tu proposeras une performance lors du lancement du Parcours. Comment est née cette idée ?
Il y a ce geste de creuser qui revient souvent dans mon travail, comme celui de tracer, tracer son propre chemin, son empreinte.
L’action consistera à creuser, à main nue dans la terre, un sillon d’une longueur de dix pas, d’y couler ensuite du plâtre et le laisser prendre dans cette terre humide.
Plus tard, j’inviterai les personnes présentes à l’ouverture du parcours à déterrer de leurs mains cette ligne devenue rigide, témoin positif d’un geste, d’un creux, d’une absence.
Ils la soulèveront pour l’amener à travers la ville jusqu’à la Maison Pelgrims.
Ce qui m’importe est le passage de ma main à celle des autres, une sorte de lâcher-prise, d’abandon de cette forme, nourrie de mes propres préoccupations, qui s’ouvre et se transforme en quelque chose de collectif.
Cette action s’inscrit dans l’exposition curatée par Laurent De Meyer réunissant plusieurs artistes (voir page 7). Cette performance m’a semblé être la proposition la plus juste, une manière de “travailler en creux “ : répondre à l’invitation, tout en se retirant, en s’absentant.
La performance sera documentée ?
Oui, des images seront prises à différents moments : en creusant seul pendant la période de montage et ensuite durant la déambulation collective. L’idée est de tourner deux ou trois courtes capsules vidéo diffusées ensuite dans différents lieux de la commune en créant des liens métaphoriques entre ceux-ci.
Cette documentation s’inscrit aussi dans le contexte d’un projet de vidéo ancien repris depuis début 2025 et qui consiste à réaliser une vidéo courte (presque) chaque semaine.
Les vidéos hebdomadaires sont mises en ligne sur les réseaux et mon site chaque dimanche. Une manière de rester attentif, aux aguets, contre l’endormissement qui parfois nous guette.
Ce déplacement, ce geste de creuser un sillon, qu’est-ce que ça représente pour toi ?
J’ai beaucoup creusé dans mon travail *rire*, fait beaucoup de trous. Je me suis enfermé aussi dans des cavités en testant ma résistance à la claustrophobie. Creuser évoque des gestes liés au deuil, à la disparition, mais aussi des gestes liés à la plantation, à un mouvement de vie… Une poésie très ouverte, de la perte à l’apparition.
Et puis j’aime aussi laisser des traces, des traces de corps, des traces de gestes. Que ce soit sur des feuilles de papier lors de dessins performatifs ou dans des constructions plus structurales, l’implication du corps est pour moi primordiale.
Il y a cette nécessité que mon corps soit engagé. Cette nécessité de laisser une empreinte. Et ce goût pour les gestes simples, les matériaux simples, à portée de main. Quoi de plus naturel que de faire une action avec de la terre, ce qu’on l’on foule tous les jours avec nos pieds, et puis la main. Cette action est un condensé de matières et de gestes, les gestes les plus élémentaires que l’on puisse faire, presque comme le fait simple, automatique, de respirer.
Le Parcours d’artistes c’est aussi une rencontre avec un territoire et ses habitant·e·s. Comment le projet dialoguera-t-il avec Saint-Gilles ?
J’ai prévu le parcours le plus direct possible. A partir du moment où les gens vont s’emparer de cette ligne, leur route sera la plus courte jusqu’à la Maison Pelgrims pour déposer cet objet, le mettre à l’abri. Mais le lien est moins avec le territoire qu’avec les gens – les habitants, ceux qui viendront à l’ouverture, les gens que vous inviterez, les gens que j’inviterai... une manière de mixer les publics, pas simplement des publics habitués au monde de l’art contemporain, mais aussi les voisins. Pendant un moment cette ligne deviendra un lien physique qui rassemble.
Le thème de la Biennale cette année est “IA - Intelligence Artistique”, qu’est-ce que cela t’évoque ?
Je crois qu’il existe une forme d’intelligence reposant sur notre capacité à répondre instinctivement à l’environnement, aux événements.
Je fais assez confiance à “l’intelligence des mains” : quand on manipule des objets, sans idée préconçue ni plan prédéfini, le simple fait de bouger, déplacer, génère des trouvailles, des inattendus, des découvertes plastiques, impossibles à découvrir en restant assis à sa table, le corps figé. Une intelligence de l’ajustement, qui cultive l’écart, l’accident, la fragilité. C’est une manière d’être en mouvement et c’est ce qui me semble le plus important pour chacun.e d’entre nous.
Cette intelligence du mouvement est peut-être emblématique du fonctionnement artistique, elle pourrait contaminer positivement le reste de la société.
La performance de Claude Cattelain aura lieu le 10 avril lors de le la soirée de lancement du Parcours d’Artistes et reliera la Maison du Peuple (Parvis de Saint-Gilles 37) à la Maison Pelgrims (Rue de Parme 69).